À la recherche des besoins fondamentaux : Comment guérir les blessures intérieures ?

Continuons nos recherches sur la synergie humaine…

L’article C’est quoi la synergie humaine vous a présenté comment la Forêt Nourricière travaille sur les relations humaines, en suivant 4 thèmes (qui correspondent aux 4 modules de stages proposés):

  1. reconnaître ses besoins fondamentaux et guérir ses blessures intérieures
  2. communiquer avec authenticité et profondeur
  3. savoir gérer positivement les conflits
  4. expérimenter : savoir rêver ensemble ou séparément, déjouer les conflits structurels et ne pas s’engager avec des personnes aux valeurs trop éloignées.

C’est le premier thème qui nous intéresse aujourd’hui : la connaissance des besoins fondamentaux humains, et l’approche des blessures intérieures qui sont dûes au non comblement de ces besoins.

Pour illustrer le sujet, je vous emmène à la rencontre de Tony, engagé depuis 2017 au sein de la Forêt Nourricière. Il a en effet vécu un burn out, et a entamé un processus de guérison de blessures intérieures : le profil idéal pour mettre en lumière la démarche !  Son témoignage éclairera les dimensions explorées au cours du stage de la Forêt Nourricière À la rencontre des besoins fondamentaux – guérison des blessures intérieures. Et comme on comprend toujours mieux en faisant qu’en lisant, il sera ponctué de questions à vous poser chez vous, pour commencer le cheminement. Prêts ? C’est parti !

Interview - Burn out - À la recherche des besoins fondamentaux

Marion : Tony, merci d’abord de nous partager ton expérience. Tu as vécu un burn out en 2015. Depuis tu as suivi plusieurs stages de développement personnel, notamment à la Forêt Nourricière.

Nous allons mettre en lien ton expérience avec un support que Franck Nathié a réalisé. Il y explique le processus de guérison de blessures intérieures, en synthétisant 8 années de formation dans les rapports humains et 16 années d’expérimentation autour de la guérison des blessures intérieures :

Pour télécharger le poster, c’est par ici !

Étape 1 : se connecter au choc du " burn out en guadeloupe”

Marion : Comment s’est déclenché ton burn out ? Que s’est-il passé ?

Tony : J’ai eu une fin de scolarité compliquée en école d’ingénieur, où j’étais plus que fêtard. Je savais que je ne serai pas ingénieur toute ma vie, et je repoussais le plus possible mon entrée dans le monde du travail, que j’associais à un système de recherche de profits au détriment de l’humain. J’ai enchaîné les entreprises, pour finalement saisir l’occasion de partir en Guadeloupe pour un poste de responsable maintenance photovoltaïque. Pas motivé pour le poste, mais je me persuadais qu’il fallait bien travailler, et je saisissais l’occasion de partir loin.

J’avais la responsabilité de 10 personnes, et la gestion d’urgences en permanence. Je faisais 80 heures par semaine, à gérer des crises pour des gens qui n’avaient pas les mêmes valeurs que moi (rentabilité à n’importe quel prix) …

Au bout d’un an, j’ai eu envie de démissionner, mais j’ai préféré écouter les conseils de mon entourage : “Reste au moins 2 ans sur un même poste, penses à ton CV”. Comme je ne savais pas quoi faire d’autre de ma vie, je suis resté…
Pour compenser mon mal-être et oublier mes semaines exténuantes, j’ai combiné sport intensif et alcool le we. C’est à ce moment-là que j ‘ai fait mon burn out.

Marion : donc tu te surmenais a faire un job “alimentaire”, et le sport et l’alcool t’ont permis de tenir, jusqu’à ce que quelque chose s’effondre en toi et que tu ne puisses plus continuer ?

Tony :  C’est tout à fait ça, oui…

Étape 2 : observer sa façon de réagir (émotions que l’on a et actions que l’on fait), et en rechercher l’origine

Marion : Et comment as-tu réagi à ça ? 

Tony : Mon burn out a commencé lorsque j’ai signé ma rupture conventionnelle. Je n’ai pas pu aller travailler les 15 derniers jours : j’étais stressé, fatigué, très bas moralement, je me sentais nul. Je n’arrivais pas à me lever et je restais au lit toute la journée. J’ai rencontré ma compagne à ce moment-là, c’est elle qui m’a fait me bouger, même si me mettre en action à ce moment-là était très difficile. La seule porte de sortie que je voyais était de quitter la Guadeloupe, et de fuir vers la métropole.

En prenant du recul, j’ai observé ma façon de réagir : quand il y avait un conflit, je m’effaçais, sans remettre en question l’autre. Mon N+2 venait par exemple saboter mon autorité en pleine réunion, et je ne réagissais pas. Je n’avais pas d’estime de moi à l’époque : j’étais dans la posture de celui qui aide les autres, qui rend service. 

Marion : As-tu un exemple de personne dans ton entourage qui réagissait comme ça quand tu étais enfant ?

Tony : J’ai été élevé comme ça : “il faut être gentil, ne pas faire de vagues, rendre service pour être bien vu”… En cherchant dans mon entourage qui pouvait avoir ce comportement, j’ai pensé à ma mère, qui  réagissait comme ça quand j’étais petit, elle était multitâches… 

Marion : Donc si je comprends bien, tu dépassais tes limites dans un travail qui ne te plaisais pas, et ce serait lié à une attitude “gentille” que tu as appris petit dans ta famille c’est bien ça ?  

Tony : je pense oui, la pomme ne tombe jamais loin de son pommier ! 

Et vous, vos réactions se répètent-elles face à un choc/évènement difficile ? Comment réagissez-vous en général ?

(Fuite, évitement, crises de colère ou d’angoisse, confusion… )

Étape 3 : questionner ses croyances mentales

Marion : Avais-tu sur le moment des croyances mentales qui t’enfermaient dans un “rôle” ? (je suis vraiment nul, …). Pourquoi selon toi ? Étaient-elles vraies et adaptées ?

Tony : C’était “si j’aide les autres, ils m’aiment et je m’aime”, mais si je ne les aide pas, on va me rejeter et ne plus m’aimer. J’étais enfermé dans cette position, et il était inconcevable pour moi de dire non. 

Marion : Si je comprends bien, tu croyais à ce moment-là que l’amour des autres et de toi-même était directement lié au fait de te soumettre, de t’oublier ? 

Tony : Oui, j’ai par exemple aidé 13 copains ou membres de ma famille différents à déménager dans une même année… On me voyait comme quelqu’un de cool, mais j’étais exténué. 

Le processus Synergie avec la Forêt Nourricière m’a permis de mettre le doigt sur ces choses enfouies, et à me mettre en mouvement pour creuser et trouver le trésor au fond de moi-même. J’ai ensuite suivi plusieurs thérapies.

Quand mon chômage a pris fin, j’ai repris la route des entretiens d’embauche. Au 1er, je me suis rendu compte que je n’étais pas moi-même face à mes interlocuteurs. En sortant de la salle, je me suis dit que je ne voulais plus jouer ce rôle, et que je ne serais plus jamais ingénieur de ma vie. Je n’aurais jamais pu prendre cette décision si je n’avais pas vécu l’authenticité des relations humaines en stage à la Forêt Nourricière. Cette porte s’est fermée, mais je savais ce que je voulais…

Et vous, pensez-vous être sous l’influence de croyances qui pourraient brouiller vos réactions ?

("De toute façon je fais tout de travers" / "Je ne pourrai jamais faire confiance à quelqu’un d’autre" / "Tous des C… !" / "Je suis toujours à côté de la plaque")

Étape 4 : sortir des réactions automatiques et agir

Marion : Comment as-tu pu, grâce au stage de la Forêt nourricière, prendre du recul sur tes réactions automatiques ? Quels outils t’ont aidé ? Peux-tu nous parler de ton “entrainement” à agir autrement ?

Tony : Une vidéo de Franck de la Forêt Nourricière vue sur Internet m’a interpellé à plusieurs reprises : Synergie dans les Rapports Humains – Franck Nathié.

Franck avait une façon particulière de voir l’éthique de la permaculture car il mettait une priorité à prendre soin des humains, avant même la terre. Pour moi, les humains étaient trop “cons”, détruisaient la nature et ne méritaient pas d’être sauvés. J’ai donc décidé de voir un stage de l’intérieur. Il y a eu un avant et un après ce stage Cours de Design en Permaculture. Je savais qu’un jour ou l’autre, on travaillerait ensemble avec Franck.

J’ai rappelé Franck quelques mois plus tard, en lui demandant sur quoi il avait des besoins : il me proposa alors la communication. Dans ma vie personnelle, j’avais du mal à communiquer à ce moment-là. J’ai donc commencé par un Camp synergie : une semaine pour mettre en pratique la synergie dans les rapports humains. J’ai dû aller à la rencontre de mes besoins, communiquer avec les différentes parts de moi-même. Je suis sorti de ce stage apaisé, capable d’observer mes réactions, et de me dire “Je réagis comme ça, c’est ma stratégie de survie mise en place depuis l’enfance, mais je suis capable de vivre et de raisonner autrement”.

Pour moi, changer d’écosystème est indispensable pour évoluer, sortir de nos quotidiens. Les stages permettent de vivre de façon authentique, de sortir des rôles dans lesquels on est façonnés, et donnent une ouverture pour faire bouger ses lignes. Par rapport à d’autres stages que j’ai vécu, ceux proposés par la Forêt Nourricière sont vraiment concrets : beaucoup de pratique, de mises en situation, de jeux de rôles, qui permettent d’expérimenter en sécurité, en confiance, et d’entrer en résonance avec les problématiques des autres participants. 

L’outil qui m’a le plus aidé à laisser sortir de moi mes peurs et mes souffrances  est l’écoute empathique. Et j’ai commencé par me l’appliquer à moi-même : j’ai fait après le stage de longues balades seul en forêt, à l’écoute de mes ressentis, avec un regard neutre, à la manière d’une caméra. Mon conseil : testez ces outils pour vous, et sur vous !

Marion : Donc si je résume, ton burnout en Guadeloupe t’a amené à prendre conscience que tu  jouais un rôle qui n’était pas toi, et que tu agissais par peur, pour recevoir de l’amour des autres. Et ce que tu as pu vivre et pratiquer avec la Forêt Nourricière, le fait de recevoir une écoute sans jugement et d’apprendre à en offrir aux autres, t’a permis de t’aimer plus, de mieux respecter tes besoins, d’oser être toi, quitte à pas être “gentil”, c’est bien ça  ? 

Tony : Oui, mes parents m’ont laissé prendre les rôles que je voulais, j’ai toujours était soutenu dans mes choix, j’avais quand même l’obligation d’être heureux…donc par mimétisme des rôles que je voyais, j’ai copié ma mère qui est un pilier pour notre famille, ses frères et sœur, cousins, toujours bien vu de rendre service, (mes grands-parents étaient comme ça) donc j’ai grandi dans une famille de gentil et de mémoire, j’ai trés rarement entendu quelqu’un dire non…ceic explique peut être cela

Marion : La question “qu’est-ce qui te donnerait le sourire en te levant le matin est récurrente dans les stages à la Forêt Nourricière… As-tu trouvé une réponse ?

Tony : Ce qui me donne le sourire, c’est de savoir qu’avec les autres membres de la Forêt Nourricière, je peux être moi-même, partager mes peurs, mes doutes, sans que ça parte en vrille ou que je doive me soumettre. Je sais aussi que j’ai maintenant un espace où je peux parler de ce que je vis, ce qui me traverse comme émotion, un espace de liberté et d’écoute. Peu importe ce qui se passe, je peux être moi-même ! Et j’aime me dire que ce que je vis à la Forêt nourricière et qui me manquait, tout le monde pourrait le vivre (il suffit juste d’un p’tit burnout pour se rappeler qui on est :-)) .

Et vous, qu’est-ce qui vous donnerait le sourire en vous levant le matin, qu’est-ce qui donnerait du sens à votre vie ?

Marion : Aujourd’hui, tu développes un podcast sur les transitions de vie (lien vers le podcast), que souhaites-tu partager avec ce projet ?

Tony : C’est d’agir dans le sens du vivant et tendre vers un futur souhaité plutôt qu’un futur subi. Je cherche à comprendre ce qui fait que certains bougent et d’autres ne bougent pas. J’essaie aussi de partager ce qui me traverse comme émotions, dans ce monde qui manque d’authenticité. Si je ne le fais pas, il ne se passera rien, donc j’y vais !

Marion : Merci Tony pour ce partage !

Permaculture humaine et besoins fondamentaux

Ce que je retiens dans le témoignage de Tony, c’est qu’avant de pouvoir bien vivre avec les autres, il faut bien vivre avec les différentes parts de soi-même, ces parties de nous liées à l’enfance qui essaient de nous protéger maladroitement . Soigner nos blessures intérieures, comprendre nos besoins, voire les comportements et les croyances qui nous font souffrir, nous et notre entourage, sont des étapes essentielles et cela demande une attention de tous les jours !

Mais je retiens surtout l’espoir et l’apaisement apporté par cette démarche : il est possible d’évoluer, ces outils apportent une ouverture et une mise en action puissante pour sortir de schémas que l’on pensait figés ! Tony “sentait” ses problèmes mais il ne s’écoutait pas. Suite à son processus de guérison intérieure, il a accepté de les voir, sachant qu’une issue était possible, et que l’espoir était permis. Évidemment, comme un potager en permaculture ou un jardin forêt, cela nécessite de mettre les mains dans la terre, et de composter… mais Tony est la preuve vivante que mettre de l’attention dans notre jardin intérieur porte ses fruits !

Si cet article fait résonner quelque chose en vous, le stage de la Forêt nourricière À la rencontre des besoins fondamentaux – guérison des blessures intérieures est sûrement fait pour vous ! Le but du stage est de se reconnecter à nos parties blessées dans l’enfance, ces parties de nous oublier et niées pour arriver à survivre. Retrouver l’estime de soi et l’enthousiasme dans un cadre bienveillant, clarifier sa mission de vie et sa raison d’être personnelle : vous ressortirez de ce stage avec des outils pour comprendre et combler vos propres besoins, entendre et respecter ceux des autres, et ceux des structures que vous créez. N’hésitez plus !

 

Bonne expérimentation !

Qui ne se plante pas n’a aucune chance de pousser

Marion Dehay, membre de la Forêt Nourricière

Pour en savoir plus : 

Les méthodes développées en stage par la Forêt Nourricière s’appuient sur plus de quinze ans de recherches en écologie, sociologie animale et humaine, principes de synergie chez les êtres vivants et dans les écosystèmes, et sur huit années de formation dans les rapports humains (gestion des conflits, médiation, communication non violente, communication transformative, prise de décision par consensus et consentement, programmation neuro-linguistique, holacratie, sociocratie et participation à des projets collectifs divers).

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