C’est quoi la synergie végétale ?

À la Forêt Nourricière, on parle de permaculture, ou comment créer des écosystèmes qui régénèrent la planète et l’humain. Les notions de synergie végétale et de synergie humaine y sont essentielles.
Mais c’est quoi au juste la synergie végétale ? Venant du grec ancien sunergia, signifiant coopération, la synergie est la mise en commun de moyens, pour arriver à un même but. Les plantes pourraient donc coopérer ? Quels moyens utilisent-elles ? Et dans quel but ? Allons voir de plus près comment se traduit la synergie végétale sur le terrain…

 


 

L’observation de la nature est la base de la démarche de permaculture : elle permet de chercher à comprendre en profondeur l’écosystème dans son ensemble, et donc les plantes et leurs interactions, pour recréer une abondance sur son terrain. Profitez-donc d’une sortie en nature ou au jardin pour examiner les plantes, et déceler les indices de synergies entre elles… Pas évident ? Voici 5 critères de synergie végétale, qui vous aideront à comprendre les bases des partenariats entre les plantes et à concevoir votre projet.

Le plus visible quand on commence à observer est sûrement le critère morphologique. Il est facile de voir qu’une liane, par exemple la vigne ou la ronce, sont des espèces grimpantes qui s’emparent naturellement d’un obstacle pour pousser. Il semble alors logique de leur offrir au jardin un support, mais pourquoi pas un support vivant ?! En les faisant grimper sur un arbre fruitier, vous aurez sur une même surface une production de 2 voire 3 types de fruits au lieu d’un ! Même les tiges de tomates peuvent être enroulées sur les arbres, et y trouver du soutien.

Synergie végétale entre lianes et arbre fruitier : framboisier grimpant, vigne et pommier
Synergie végétale entre un pommier, des framboisiers grimpants et de la vigne

Le port des arbres aura également un rôle essentiel pour la synergie avec les espèces environnantes : un arbre offrant une ombre importante accueillera des plantes aimant la fraîcheur, comme l’ail des ours par exemple ; l’association organisée d’arbres de différentes tailles permettra à chacun d’accéder à la lumière et à l’espace nécessaire à son bon développement. L’équipe de la Forêt nourricière termine actuellement une base de données des 9 strates, base de donnée botanique la plus complète existante avec plus de 150 critères par plantes, qui permettra de concevoir des jardins forêt pour tous les biotopes du climat tempéré. Un outil précieux !

Mais la partie souterraine des plantes est également essentielle à comprendre pour bien les associer au jardin. Dans son dernier livre Créer un jardin forêt comestible, paru aux éditions Larousse, Franck explique les différents types de racines (pivots, semi-pivotantes, traçantes, etc.), et l’importance de faire cohabiter des espèces dont les systèmes racinaires seront complémentaires, et pas en compétition. Plus difficile à observer, mais à prendre en compte !

Système racinaire pivotant de salsifis
Racine pivotante de tomate
Système racinaire pivotant de tomate
Racine traçante de figuier
Système racinaire traçant de figuier
Racines semi-pivotantes de manguier
Système racinaire semi-pivotant de manguier

Vos prochaines observations iront vers votre sol, pour combler un besoin essentiel de la plante : se nourrir. Les partenariats alimentaires se basent sur la synergie des plantes avec plusieurs éléments souterrains : champignons et décomposeurs, qui désagrègent la matière en éléments simples et aident à l’absorption ; racines profondes dont l’action mécanique remonte les éléments nécessaires vers la surface ; déjections d’animaux (fumier), vents marins qui ramènent des sels minéraux et oligo-éléments, etc. Connaître la qualité de son sol et lui apporter ce dont il a besoin est fondamental.

Restons au niveau du sol, car les racines, comme certaines parties aériennes des végétaux, participent au 3ème critère de synergie végétale : la chimie. Les plantes aromatiques en sont un bon exemple. Elles produisent au niveau de leurs racines des substances chimiques (appelées terpènes, polyphénols, ou encore tanins, etc.), qui peuvent favoriser ou inhiber la croissance ou la germination des voisines. Testez chez vous l’implantation de sauge à proximité d’un pied de vigne : vous serez probablement surpris par son effet positif contre les maladies de cette dernière. De nombreux exemples de ce type sont régulièrement testés au jardin-forêt de Simplé.

Les effets bénéfiques de la sauge sur les maladies de la vigne
Les larves de coccinelles sont des prédateurs redoutables : elles peuvent dévorer plus de 150 pucerons par jour !

De vrais atouts pour l’écosystème, ces plantes aromatiques ! Car elles participent aussi au 4ème critère essentiel pour la synergie végétale : les partenariats sociologiques. Leurs fleurs, mellifères, attirent par exemple les insectes. Ces derniers sont irremplaçables pour la pollinisation et la reproduction des plantes sexuées, mais également pour la protection de vos cultures contre les nuisibles : coccinelle ou chrysopes contre les pucerons, perce-oreilles contre les chenilles. Les partenariats sociologiques s’étendent à de nombreuses espèces animales (vers de terre, hérissons, chauves-souris, oiseaux,etc.).

La synergie repose enfin sur un besoin fondamental des plantes : la reproduction. Et vous l’avez deviné, il s’agit là du 5ème critère : la sexualité. À chaque plante sa spécificité : certaines portent à la fois des fleurs mâles et femelles (plantes monoïques comme les courges par exemple), d’autres ont besoin de 2 individus différents (plantes dioïques comme le kiwi). Certaines ont besoin d’insectes pollinisateurs, d’autres du vent.

Certaines se dupliquent par stolons (comme les fraises), d’autres résistent au tube digestif des oiseaux, et profitent du voyage pour aller se planter ailleurs (voir la vidéo Mûre géante – Chaîne Youtube LFN) 

Si l’on néglige cet aspect, les récoltes peuvent être maigres : un noisetier seul ne donnera pas de fruits : il a besoin d’un autre noisetier , et disposé s’il vous plaît sous le vent dominant pour être pollinisé ! Vous devez donc mettre toutes les chances de leur côté, en vous renseignant bien sur leur sexualité !

 

En prenant en compte l’ensemble de ces 5 critères, vous avez toutes les chances de créer une synergie harmonieuse pour vos plantes ! Bien entendu cela prend du temps : observer son environnement, se renseigner sur la morphologie, la sexualité de vos plantes, expérimenter les associations dans son propre contexte (toutes les recettes ne s’appliquent pas à toutes les marmites!), s’adapter aux conditions extérieures : tout cela se construit petit à petit, par son expérience personnelle et les échanges avec d’autres apprentis permaculteurs ! Je ne saurais que trop vous conseiller les stages de la forêt nourricière, qui sont très concrets et permettent, au-delà de mieux comprendre la synergie végétale, d’explorer la synergie humaine ! Mais ceci fera l’objet d’un autre article …

Bonne observation !

Qui ne se plante pas n’a aucune chance de pousser…

Marion Dehay, fraîchement arrivée au sein de la Forêt nourricière

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