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Jardin forêt botanique ou forêt réellement nourricières ?

Salut, tu souhaites faire un “jardin forêt”, un écosystème d’autosuffisance alimentaire pour ta famille et comme moi tu ne sais pas trop par où commencer. Je vais te parler des erreurs fréquentes dans la conception et la réalisation d’un jardin forêt du point de vue d’un néophyte. Je suis à la Forêt Nourricière depuis 2018 et je n’ai pour le moment pas “installer” d’écosystème mais c’est en cours dans le lot, tu auras bientôt des nouvelles.

Quand on n’y connaît pas grand-chose en botanique fruitière, en plantes comestibles on s’attend à découvrir une framboise ou une fraise que l’humanité a oubliée ou perdue… Un trésor caché ! On a alors envie de tout goûter, découvrir et de collectionner toutes les espèces comestibles. Le rêve : avoir un jardin de variétés rares mais attention à la collectionnite.

1. Les plantes comestibles peuvent être envahissantes, (voir) très envahissantes

Il y a les plantes qui drageonnent, celles qui font des rejets, celles qui se sèment partout à cause des oiseaux…

Bingo ! tu apportes une variété dans ton jardin et 5 ans plus tard, elle a envahi tout ton espace. Mieux encore, tu la retrouves dans le jardin de tes voisins, à plusieurs kilomètres… Et dans 10 ou 20 ans, c’est tout le département qui est touché. Oh la boulette…

Introduire des espèces sur un territoire n’est pas anodin, même si elles sont comestibles. La nature a besoin de diversité et introduire une plante envahissante peut déstabiliser tout un écosystème.
Voici quelques espèces à éviter :

  • l’Égopode : ses feuilles ont certes des propriétés médicinales, mais plus vous la coupez plus elle pousse et elle peut aller très loin !
  • l’ail triquètre, il pousse partout et est très envahissant !
  • l’arbre aux faisans : envahissante et je trouve le goût écœurant ;
  • le Sarrasin vivace de l’Himalaya : rhizomateuse, elle fait des rejets un peu partout.
égopode
Eégopode : Aegopodium podagraria
arbre aux faisans
Arbre aux faisans: leycesteria_formosa
Allium triquetrum
Ail triquet - Allium triquetrum
Sarrazin vivace de l'himalaya
Sarrazin vivace de l'himalaya : Fagorypum dibotrys

Renseigne-toi bien avant de planter et ne t’arrête pas à ces 4 espèces, il y en a plein d’autres à éviter.

2. Absence de parfum, de sucre, goût âpre, acidité : elles ne sont pas forcément délicieuses

Super ! Combien d’entre elles ont un goût vraiment intéressant ? N’aurait-il pas été plus judicieux de sélectionner tes variétés fétiches avant de planter ?

Malheureusement, comestible ne veut pas dire délicieux. Un grand nombre d’espèces sont comestibles, mais le goût de leurs fruits, de leurs feuilles ou de leurs racines est tout sauf attrayant.

Je pense notamment aux fruits de l’Akebia, de la Cudrane ou de la Cornouille « cerise de septembre »… Leurs apparences nous donnent très envie, mais elles sont sans parfum, insipides, peu sucrées et elles ne se gardent pas.

Maclura tricuspidata
Cudrane: Maclura tricuspidata
Cornus Kouza -
Cornouille de chine : Cornus Kouza
Akebia
Akébie à cinq feuilles: Akebia quinata

3. Bien souvent, ce sont des variétés peu productives

Comestible ne veut pas non plus dire productif. Certaines variétés donnent des fruits très bons, mais… ils sont rares ! Avec une récolte de trois fruits par-ci par-là, tu n’es pas près de nourrir l’humanité !

Prenons l’exemple des framboises. On peut trouver dans les pépinières, ou en troc, des variétés anciennes. Super ! Mais elles vous donnent de petites framboises et sont peu productives et parfois sensibles aux maladies. Si tu as peu de place, on te les déconseille…

Favorisés plutôt des variétés résistantes aux maladies, grosses si possible, remontantes et surtout parfumés  telles que la Regina, golden queen ou la Johane J. Vous aurez de belles framboises, très parfumées et une bonne production au m2.

Récolte framboise jardin forêt nourricière
Récolte framboise

4. Les fruits des espèces comestibles sont parfois difficiles à récolter

Peut être que tu n’as pas encore expérimenté de passer 2h pour récolter de quoi faire un pot de conf, ou bien que tu en a marre de perdre ton temps et marre de suivre un protocole fastidieux (récolte, congélation, broyage, filtrage…) ? Marre de te piquer les mains constamment ? Et oui, comestible ne veut pas non plus dire facile à récolter. Voici quelques exemples d’espèces spécialistes dans le domaine :

  • l’Argousier ou l’Aubépine à gros fruits avec leurs épines ;
  • le Faux Pistachier avec ses fruits minuscules à la coque indestructible  ;
  • le Noyer noir d’Amérique avec ses noix incassables et amères.
Faux Pistachier
Faux Pistachier : Staphylea pinnata
récolte jardin forêt
Récolte faux pistachier

5. Des récoltes est sans fin pour peu de plaisir gustatif

Tu as collectionné toutes les variétés d’une espèce pour avoir un étalement maximal ? 

Et combien de temps peux tu  passer à récolter réellement, est ce judicieux pour toi d’avoir des récoltes toute la saison ? Mieux vaut peut être grouper les récoltes? 

Étaler les jours de récolte, ça veut dire récolter un peu, tous les jours. Personnellement, ayant peu de temps entre ma vie de famille et la forêt nourricière, je préfère une récolte intense et courte. Et après les vacances !

récolte jardin forêt
Récolte jardin forêt la Forêt Nourricière
Récolte courge
Récolte 2018

6. Le climat n'est pas forcément en accord avec la fructification

Certaines espèces comestibles sont vendues comme très rustiques. Elles peuvent pousser dans des régions froides.

Oui, MAIS… pousser ne veut pas dire fructifier.

Leur floraison est bien souvent en plein hiver (janvier, février). Du coup, les fleurs gèlent. C’est le cas de l’Agrume rustique et du Néflier du japon. L’arbre est bien là, mais vous n’êtes pas près de faire une récolte.

Certains demandent aussi un minimum d’heures d’ensoleillement pour que les fruits mûrissent. Je pense notamment au :

  • Bananier rustique 
  • Avocat
  • Fruits de la passion 
  • Noix de pécan non sélectionné
  • Aux noix géantes d’amérique comme certaines variétés de noix  “bijoux”

Ils ont besoin de 2 500 heures de plein soleil par an pour vous donner des fruits mais pas forcément de fortes chaleurs.

Dans certaines régions (PACA, zone Littorale) ou les années caniculaires dans les autres régions, on pourra avoir ces fruits si on arrose. Dans les serres on peut créer un microclimat, mais c’est souvent beaucoup de travail pour pas grand chose en récolte et en saveur 

 

7. Des espèces qui coûtent cher et qui sont difficiles à trouver en jardinerie

En plus, de tous les points cités précédemment, arrivent le prix et l’accessibilité. 

Où trouver des espèces comestibles rares ?  

Une espèce rare est, par définition, rarement disponible dans toutes les jardineries. Elle est commandée à l’autre bout de la France (au mieux !) et son prix est nettement plus élevé.

Alors gare aux annonces alléchantes, à l’envie de faire différemment et à la croyance que cher = de qualité.

8. Dans les petits jardins, l'espace est précieux : elles prennent la place d'autres variétés

Ce qui est surtout dommage dans la collectionnite aigüe, c’est que ce que vous plantez, et qui n’est pas fameux, prend la place d’autres variétés plus intéressantes. Si vous avez un petit jardin, l’espace utilisé est très précieux. Du coup, au lieu d’avoir un jardin d’Eden avec quelques espèces productives et délicieuses, vous avez un jardin botanique de plantes comestibles, mais que vous ne mangez pas.

Moi je préfère mieux me focaliser en premier sur ce que j’aimais manger. Et sélectionnez ensuite des espèces résistantes aux maladies et avec une bonne production.

raisin, poire de terre
raisin chayotte
jardin forêt déplaçable
Jardin forêt Déplaçable

Conclusion

Alors tu vas faire quoi de ton jardin, une forêt nourricière ou un jardin forêt comestibles?

J’espère que cela va t’aider dans la conception de ton écosystème.

N’hésites pas si tu as des questions, je prendrai le temps d’y répondre. 

Pour aller plus loin, je t’invite à aller voir nos recherches, nos vidéos ( 3 erreurs et 7 conseils), nos livres et nos formations

Nos livres en lien avec cet articles

  • Livre “Multiplication des plantes fruitières” – Tout pour choisir ses variétés fruitière et savoir les reproduire (édition La Forêt Nourricière)
  • Livre “Permaculture en climat tempéré” – Pour découvrir le design et toutes les espèces comestible (édition La Forêt Nourricière)
  • Livre à venir en mars 2022 : Créer un Jardin forêt comestible (édition Larousse)

Nos formations en lien avec cet articles

1 Comment
  • Louyer Henri
    says:

    Bonjour. Je trouve cet article très intéressant. Un exemple, j’ai récupéré des graines de néflier du Japon dans un jardin de la Côte d’Azur et je les ai semées chez moi en Bretagne. Vingt-cinq ans plus tard, je n’ai toujours pas mangé de nèfle.
    Après la collectionnite de plantes comestibles, il y a la collectionnite de livres sur la “forêt comestible”. J’ai les livres de Patrick Whitefield, de Martin Crawford et de Fabrice Des jours, mais pas celui de Damien Dekarz. Là, il n’y a pas de solution, à part aller feuilleter une nouvelle mouture dans une librairie et voir si on gagne quelque chose à en avoir un de plus. (Et j’espère que le livre de Franck me plaira).
    Limiter le nombre de plantes comestibles dans un jardin-forêt me semble une bonne démarche, soit pour des raisons financières, d’espace ou de productivité.
    J’ai réussi à trouver un terrain qui me convient : une ancienne plantation d’épicéas, restée en friche dans les Monts d’Arrée, j’ai un Ph 4. J’espère trouver quelques conseils dans le livre de Franck.
    Bon courage !

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